SCHEIDT (S.)


SCHEIDT (S.)
SCHEIDT (S.)

Organiste, maître de chapelle à la cour de Brandebourg et compositeur, Samuel Scheidt est né deux ans après Heinrich Schütz et un an après Johann Hermann Schein; par sa naissance, il est donc le dernier des «trois S» de la musique allemande entre la Renaissance et l’époque baroque, et pendant les affres de la guerre de Trente Ans. Ayant séjourné à Amsterdam dans l’entourage de Jan Pieterszoon Sweelinck, il sera d’abord marqué par la musique néerlandaise; sans avoir voyagé en Italie, il subira cependant l’influence italienne. Respectueux de la tradition du contrepoint et des exigences de la musique d’orgue fonctionnelle, il est aussi ouvert à la modernité. Il sera, avant tout, un musicien au service de l’Église luthérienne et de la cour de Brandebourg.

Les années d’apprentissage

Samuel Scheidt, né en 1587, est baptisé le 3 novembre 1587 à Halle, sur la Saale, en Allemagne orientale. Issu d’une famille de musiciens, il assure, dès 1603, le service d’organiste à la Moritzkirche (église Saint-Maurice) de cette ville. Jusque vers 1608, il se perfectionne en orgue auprès de Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), à Amsterdam. Ce célèbre «faiseur d’organistes» lui inculque l’art de l’orgue et du clavecin, et lui transmet la science du contrepoint et l’héritage musical néerlandais. En 1609, Scheidt retourne à Halle et devient organiste de la cour de Christian Wilhelm de Brandebourg, qui réside à Halle depuis 1608; il se produit «auf der Moritzburg» (au château) et «bei der Tafel» (à table). Il rencontre Michael Praetorius (1571-1621) qui, depuis 1615, est Hofkapellmeister (maître de chapelle à la cour). Il a déjà acquis une certaine renommée et est souvent sollicité en dehors de Halle. En 1618, il inaugure la «Concert-Music» à la cathédrale de Magdebourg, avec Michael Praetorius et Heinrich Schütz (1585-1672); il supervise la construction du nouvel orgue de la Moritzkirche.

Le maître de chapelle à la cour

En 1619, Scheidt est nommé maître de chapelle à la cour; il se trouve à la tête d’une chapelle vocale et instrumentale bien fournie et dont les effectifs sont renforcés, pour la musique d’Église, par les Cantoreischüler (élèves de l’école humaniste, ou Gymnasium). Il commence à publier: ses trente-neuf Cantiones sacrae paraissent en 1620; pour la pratique musicale lors des cultes luthériens à la cour, il écrit des Concertus sacri (concerts sacrés) dont la Pars prima concertuum sacrorum date de 1621. La musique profane est également cultivée à la cour, comme le prouvent ses quatre volumes de Ludi musici , œuvres instrumentales allant de quatre à huit parties (seul, le deuxième volume subsiste).

Spécialiste du clavier (clavecin, orgue), Scheidt compose, à partir de 1624, les trois parties des Tabulatura nova . Les deux premiers volumes exploitent l’ancien style allemand pour instruments à clavier, d’après le modèle néerlandais. Le troisième volume, destiné au culte, est un vaste compendium de la musique luthérienne pour la messe et les vêpres. Ces volumes contiennent les formes en usage à cette époque: variations, fantaisies, cantilènes, canons, toccatas, hymnes, magnificat, paraphrases du Kyrie et du Credo .

Le «director musices»

En 1628, alors que la guerre de Trente Ans (1618-1648) bat son plein, Scheidt, directeur de la musique municipale, réforme la Stadtpfeiferei (fifres municipaux), achète du matériel – partitions et instruments –, réorganise la pratique musicale au Gymnasium et introduit le nouveau style concertant dans la musique d’Église à la Marienkirche (église Sainte-Marie), dont il occupe le poste, créé pour lui, de director musices . Il réunit des textes pour ses Geistliche Konzerten (concerts spirituels), avec instruments obligés, mais leur parution sera retardée à cause de la guerre, la ville, occupée par les Suédois, étant en ruines. Ces «concerts» paraîtront à Halle en quatre parties, sous les titres suivants: Newe geistliche Konzerten, prima pars (à deux et à trois voix), en 1631; Geistliche Konzerten Ander Theil , en 1634; Dritter Theil , en 1635; Vierter Theil , en 1640. Ses «concerts» reposent sur des textes bibliques et comprennent cent cinq pièces vocales, de deux à six voix, avec basse continue et soutien instrumental facultatif.

En 1644, vers la fin de l’interminable guerre, les cultes luthériens reprennent à la cour, et la Hofkapelle (la chapelle) recommence à travailler avec des effectifs réduits; mais l’administrateur August s’intéresse davantage à l’opéra qu’à la production de Scheidt, qui lui dédie cependant ses LXX Symphonien auff Concerten manir , dans lesquelles il utilise, pour ses soixante-dix préludes en style concertant , les sept tonalités en usage. Il compose encore, en 1650, un volume de cent chorals pour orgue à quatre voix, intitulé Görlitzer Tabulaturbuch ; ces chorals sont destinés à la pratique alternée (Alternatim Praxis ): selon l’usage de l’époque, les chorals sont joués à l’orgue alternant avec le chant de l’assemblée (il ne s’agit donc pas d’un accompagnement). Samuel Scheidt meurt à Halle le 24 mars 1654.

Une œuvre musicale entre tradition et modernité

L’œuvre de Scheidt – environ sept cents numéros connus – comprend deux tiers de chorals et un tiers d’œuvres liturgiques, ou encore environ 50 p. 100 de musique vocale et 50 p. 100 de musique instrumentale. Plus de cent madrigaux sont perdus.

Sa production assure la synthèse entre les œuvres de musiciens de l’Allemagne du Nord, la science du contrepoint et de la variation codifiée par les musiciens francoflamands et néerlandais – que lui avait enseignée Sweelinck à Amsterdam – et le nouveau style concertant venu d’Italie, développé – entre autres – par Michael Praetorius, mettant l’accent sur l’exégèse du texte religieux, l’emploi des instruments concertants, des madrigalismes et du chant orné. Les Concerti sacri I , avec basse continue – un ensemble instrumental à huit voix dans un style différent pour les ensembles de solistes (concertino) et le chœur (ripieno) – et avec instruments obligés recherchant l’opposition entre les cordes et les vents et la différenciation des coloris, illustrent la transition de la technique du motet vers le style concertant.

Scheidt s’est imposé dans l’histoire de la musique allemande, à côté de Schütz et de Schein, en tant que créateur de la variation pour orgue à partir de thèmes de chorals luthériens (par exemple, avec les chorals de la deuxième partie de sa Tabulatura nova , traités en bicinium , en tricinium , en imitation, avec des combinaisons de thèmes).

Il respecte la tradition dans la technique de la variation à la manière de Sweelinck et avec toute la rigueur polyphonique requise. Il exploite la modernité en empruntant au ricercare italien la construction contrapuntique avec plusieurs thèmes, les formes canoniques, les principes de l’augmentation ou de la diminution, et le style concertant. Son œuvre appartient au patrimoine musical allemand et luthérien.

Il n’a exercé ses activités d’organiste, de maître de chapelle et de compositeur pour ainsi dire qu’à Halle. Ses compositions restent dans le sillage de Sweelinck; il est d’abord conservateur en restant fidèle au culte latin dans sa ville natale, mais il exploitera le choral rimé, lorsque le culte de la cour sera relayé par le culte paroissial en ville. Il a laissé une musique à usage pratique: Tabulatura nova , Ludi musici , Görlitzer Tabulaturbuch (représentant le pendant du Cantionale de Johann Hermann Schein). Il a eu pour élèves Gottfried Amling, Adam Krieger, Gottfried Scheidt (son frère cadet, qui a aussi été l’élève de Sweelinck) et Christian Scheidt, à Halle. Son œuvre a été largement diffusée en Thuringe et en Saxe.

Tout en acceptant la modernité, Samuel Scheidt respecte la tradition en se considérant comme «dépositaire de la méthode et des anciennes règles de composition». En ce sens, il occupe une place originale parmi les «trois S».

Encyclopédie Universelle. 2012.

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